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Nouvelles

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17/02/2019

Le Radio DX Club d’Auvergne et Francophonie fête ses 30 ans
en présence de journalistes étrangers, notamment Roumains et Chinois

08/01/2019

Retrouvez l'audioguide de l'époque !

05/01/2019

L'Usine à Sons : une renaissance virtuelle.

Les 78 tours

Histoire

L'histoire des disques est, pour ses débuts, indissociable de celle des phonographes, en effet les inventeurs ont nécessairement été amenés à créer les différents supports enregistrables en même temps que leurs machines, faute de quoi ils auraient été bien en peine de faire fonctionner celles-ci. Le 26 janvier 1857 un ouvrier typographe nommé Léon Scott de Martinville dépose à l'Académie des Sciences le brevet d'un procédé permettant de visualiser les vibrations sonores sur un cylindre enduit de noir de fumée. Le procédé décrit ne permet pas la restitution sonore. Le 16 avril 1877 Charles Cros dépose la description d'un "procédé d'enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l'ouie", à l'Académie des Sciences de Paris. Le 12 août 1877 Thomas Edison propose son premier shéma du "Phonographe", avec enregistrement et reproduction sur une feuille d'étain collée sur un cylindre. Le même inventeur met à l'étude le 11 février 1878 un appareil au principe identique mais utilisant une feuille plate circulaire tournant autour de son axe central. L' Américain Tainter (associé à Bell) expérimente en 1884 un procédé d'enregistrement sur disque vertical: le support est constitué d'une âme en carton d'épaisseur 2,5 mm, enduit d'une couche de cire/parafine de 1 mm.

Emile Berliner, né le 20 mai 1851 à Hanovre, émigré clandestinement aux USA en 1870, part des propositions de Charles Cros (qui avant Edison avait pensé au disque plat). Il met au point un système d'enregistrement sur un disque de verre de 27,5 cm de diamètre et de 5 mm d'épaisseur, permettant de graver 4 mn. Le brevet décrivant l'enregistrement et la reproduction du son dans une spirale plane est déposé le 7 novembre 1887 au bureau des brevets américains, sous le numéro 564586, suivant ainsi la première photogravure sur feuille de zinc, réalisée le 26 juillet 1887. Cette gravure, hélas non lisible, est le plus ancien enregistrement sur disque. Début 1888 Berliner commercialise le "Gramophone". Il s'agit d'un jouet utilisant un disque en métal. Début août la revue "The Electrical World" décrit le Gramophone. Le zinc permettant une reproduction accoustique plus puissante, les stéthoscopes jusque-là utilisés pour l'écoute (notamment des cylindres), sont remplacés par un cornet. En 1889 Berliner présente son invention à Hanovre. On note alors l'apparition de disques en ébonite, c'est un caoutchouc vulcanisé très dur mais qui présente un important bruit de fond. L'avantage du disque sur le cylindre est énorme: il permet la duplication par pressage (Ce n'est qu'en 1901 que Columbia annoncera la possibilité de moulage des cylindres par rétractation thermique de la cire, mais il sera trop tard, le disque aura pris de l'avance). Avec le disque, Berliner avait abandonné la technique de la gravure verticale (avec un sillon plus ou moins profond selon l'intensité du son) pour la gravure latérale (avec un sillon constant en profondeur, mais plus ou moins ample selon l'intensité sonore). C'est ce procédé qui donne les meilleurs résultats et qui sera employé jusqu'à la fin des microsillons. Mais certains fabricants comme Pathé continueront à employer la gravure verticale jusqu'à la fin des années 20. Pour lire ces enregistrements ont doit employer une pointe en saphir.

Phono pour enfants dans une mallette en carton gratté, les accessoires (bras, tête de lecture) se rangents dans le coffret. Ce phono lit les petits diamètres de 78 tours 15-17 cm)


Les empire Pathé et Berliner

Fin 1896, la société Pathé Frères, au capital de 24000 F est fondée. Charles Pathé avait amassé un petit capital en faisant des démonstrations de gramophones sur les foires de la banlieue parisienne. Son frère Emile prend alors la direction de la société. La marque édite des disques de tous diamètres (jusqu'à 50 cm) tourant à des vitesses allant de 70 à 120 tours. Entre temps Berliner avait créé en 1893 aux USA l' "United States Gramophone Company". Les phonographes, actionnés à la main, tournaient alors à environ 70 tours/mn. Plus tard, cette vitesse sera stabilisée à environ 78 tours/mn avec le moteur electrique synchrone tournant à 3600 tours/mn. Sur le secteur de 60 Hz, qui est la norme américaine (pour 50 Hz en Europe), et avec un réducteur de rapport 46, on obtiendra une vitesse de rotation de plateau de 78,26 tours/mn. Il semblerait donc que cette vitesse quasi-définitive de 78 tours ait été choisie un peu artbitrairement, pour se rapprocher de la vitesse moyenne de rotation des disques d'époque. Le 6 décembre 1898, Emile Berliner et son frère Joseph fondent à Hanovre la "Deutsche Grammophon Gesellschaft", au service de la musique classique qui, dès 1900, propose un catalogue de 5000 titres différents. En 1901 apparait l'idée de distinguer certaines séries de disquesde qualité en leur apposant une étiquette de couleur, idée due à un revendeur de la marque Gramophone de St-Pétersbourg nommé Raphoff. L'année suivante naissait l'étiquette Gramophone rouge, présentant entre autres des enregistrements de Féodor Chaliapine, puis de Pol Plançon, Antonio Scotti, Suzanne Adams, Emma Calvé et Maurice Renaud. Le 28 mars 1902, pour la première fois, la Compagnie du Gramophone enregistre dans un salon de l'hôtel Statz à Londres, la voix d'un ténor napolitain nommé Enrico Caruso, découvert quelques semaines plus tôt dans son pays d'origine par un "talent scout" (un découvreur de talents) de la Gramophone company nommé F.W. Gaisberg. Notons qu'il reste à ce jour 229 enregistrements différents sur disques et cylindres de "la voix du siècle". En septembre 1902 était édité le premier catalogue Gramophone "Label rouge" avec Felia Litvinne accompagnée par Henri Cortot, Victor Maurel, Alessandro Maoreschi (le dernier castrat), Fransesco Tamagno, etc.

La Voix du siècle

Le 6 août 1903 Gianni Bettini, Italien originaire de Novare, dépose un brevet français pour couvrir l'invention d'un phonographe à disque. Bettini, qui avait surtout travaillé dans le domaine du cylindre, en enregistrant notamment cette année-là la voix du pape Léon XIII, a produit quelques enregistrement sur disques. Ces pièces sont devenues fort recherchées, la plupart des matrices ayant été détruites au cours d'un bombardement. La compagnie américaine Victor Talking Machine signe un contrat avec Caruso le 28 janvier 1904 peu après ses débuts au Metrpolitan Opera et le 1er février, ses premiersenregistrements eurent lieu au Carnegie Hall. La firme Odéon propose les premiers disques double face en 1904 et produit en 1909 l'enregistrement intégral de "Casse-Noisette", de Tchaïkowsky. En 1911 les auteurs et éditeurs de musique (partitions) décident que les fabricants de disques devront désormais leur verser des droits. Pour attester que les maisons de disques leur versent bien 5% du prix de vente, celles-ci doivent apposer un timbre, d'abord sur la pochette, puis sur le disque lui-même. 5 ans plus tard, cette pratique sera généralisée.

Le théâtre en disques :

Coffret de 6 78 tours avec les monologues de Sacha Guitry "Mesdames, n' écoutez pas", interprétés par l' auteur, Hélène Perdrière, Léon Walther, Solange Varenne

Coffret 78 T Guitry

Le disque s' impose

En juillet 1912, Columbia décide d'arrêter sa production de cylindres. Seul Pathé continuera avec ce support jusqu'en 1927, conjointement à sa production de disques à gravure verticale. Le 26 février 1917 a lieu aux USA le premier enregistrement de jazz: "Livery stable blues", par l'Original Dixieland Jazz Band, sur le label Victor, marque fondée en 1899 par Elridge Johnson, rachetée par RCA en 1931. Lors de la première guerre mondiale, le disque était largement présent sur le front, pour distraire les troupes, voire pour démoraliser l'ennemi avec des chants de victoire. L'audiovisuel n'étant que très peu développé, le disque servait aussi à informer ceux de "l'arrière". Ainsi la compagnie anglaise His Master's Voice proposa-t-elle le bruit d'une pluie d'obus sur Lille, survenue le 9 octobre 1918. "Le genre d'enregistrement que tout foyer anglais se doit de posséder", clamait cette marque... Le premier disque d'or américain (un million d'exemplaires) a été obtenu par Paul Whiteman "The king of jazz" pour son "Whispering", enregistré en octobre 1920. Victor invente en 1927 le changeur automatique tandis que Bartlett Jones présente la première tête de lecture stéréo et Edison le disque longue durée (40 mn). La compagnie Pathé Frères est rachetée par la compagnie anglaise Columbia en 1928. A cette période les disques à gravure verticale ont quasiment disparu pour laisser place aux 78 tours à gravure latérale, enregistrés electriquement. Les formats se standardisent: 30 cm de diamètre pour la musique classique et lyrique, 25 cm pour le jazz et la variété (si l'on excepte la marque Edison Bell Radio qui propose des disques 20 cm avec une "Audition aussi longue et aussi puissante que celle du disque 25 cm".

Vers la haute-fidélité

En 1940, la marque anglaise Decca met au point un système d'enregistrement et de gravure qui permet de restituer toutes les fréquences audibles: c'est la FFRR (Full Frequency Range Recording), qui ornera les étiquettes de ce label, c'est le début de lahaute-fidélité (Hi-fi). A la fin des années 40, le "pas variable" est utilisé par des marques comme Deutsche Grammophon; c'est une technique permettant de resserrer les sillons entre eux au moment des passages faibles et de gagner ainsi une précieuse place. Ces trois inventions (stéréophonie, Ffrr, pas variable) ne seront réllement mises en valeur qu' avec le microsillon, qui pointe d'ailleurs son fin profil en 1948, mais c'est une autre histoire...

La matière des disques

Pourquoi les 78 tours sont-ils si fragiles? Tout simplement parcequ'à ces époques on ne connaissait pas encore les copolymères de chlore et d'acétate de vinyle, dérivés des produits pétroliers. On a, après l'ébonite au début du siècle, utilisé de la cire compressée et durcie. Puis deux systèmes ont ensuite cohabité jusqu'à la fin: - Le système homogène: la pâte est constituée principalement d'ardoise (67 %), de gomme-laque (24 %), de noir de fumée et de deux résines: le copal et la colophane. - Le système C.P.S. (coated paper sheet): deux feuilles de matière "noble" sont collées de chaque côté d'une âme en matière de moindre qualité. La matière recevant la gravure est constituée de gomme-laque (17 %), de sulfate de baryte (51 %), de noir de fumée, et de deux liants: rottenstone (27 %) et garnettlac. Les mélanges se sont affinés progressivement pour donner une matière présentant de moins en moins de grain, donc donnant de moins en moins de bruit de fond. Pendant la deuxième guerre mondiale on a beaucoup utilisé de matière recyclée, d'une qualité moindre, à cause du manque de gomme-laque en provenance de l'Est-Asiatique, les matrices de pressage ont souffert aussi d'une qualité moindre (manque de métal), les disques de cette époque et de la Libération sont en général de moins bonne qualité et présentent un bruit de fond plus important.

L' enregistrement électrique

C'est le progrès le plus notoire dans le domaine du 78 tours. Jusqu' alors, c'était la seule force des vibrations sonores qui permettait de graver le sillon des cylindres et des disques ainsi que le repiquage des cylindres-maîtres sur matrice de disques par le lourd système du pantographe. Les basses n'étaient pas reproduites, ainsi le compositeur Gustave Charpentier dut-il, dans ses "Impressions d'Italie", remplacer les basses par une partie de clarinette à l'octave supérieure. Dès 1894 le physicien français François Dussaud avait imaginé le principe de l'enregistrement électrique sur cylindre. En 1919, deux ingénieurs anglais, Guest et Merriman travaillent sur cette technique, rendue envisageable après les travaux de Lee et Forest (1904) sur l'amplification à lampes. L'année suivante, le 11 novembre, le procédé est mis en pratique pour la première fois au monde avec l'enregistrement du service funèbre pour le soldat inconnu à l'abbaye Westminster de Londres. En 1925 la marque américaine Columbia édite le premier enregistrement électrique: "Adeste fidèle", par "The Massed Choir of the Associated Glee Clubs of America". Ce disque enregistré au Metropolitan Opera House rassembla 850 choristes! Fin 1926 la société Victor enregistre une première oeuvre complète: "La symphonie du Nouveau Monde" de Dvorak, par le Philadelphia Orchestra, dirigé par Stokowski. Après amplification et corrections, le son est appliqué à la cire (peéalablement ramolliepar chauffage) de la matrice au moyen d'un burin-graveur actionné par un électro-aimant. L'avantage a tout de suite été remarquable: augmentation de deux octaves et demie du spectre des fréquences, qui est alors compris entre 100 et 5000 Hz. Les premiers disques ainsi commercialisés aux USA par Victor et Columbia s'éloignent du son "téléphone" que l'on connaissait jusqu'alors avec l'enregistrement accoustique, qui permettait une bande passante comprise entre 164 et 2088 Hz. On a pu ainsi graver le son d'instruments tels que l'orgue, chose impossible jusqu'alors.

Sur cet électrophone des années 60, équipé en vitesse 78 tours, tourne un disque microsillon pour enfants . La vitesse de 78 tours minute donne l' animation recherchée grâce à la large étiquette centrale qui se reflète dans le kaléïdoscope (début années 50)

Comment reconnaître les différents types de 78 tours:

Il existe donc deux grands types: les "accoustiques" et "les électriques". Jusqu'en 1928, les disques proposés sur le marché sont accoustiques, il se présentent sous toutes sortes de diàmètres (de 15 à 50 cm), ils tournent à des vitesses variables,le plus souvent le plus souvent de 70 à 120 tours. Les inscriptions visuelles sont souvent gravées au centre du disque, bien que les étiquettes papier aient vite pris assez vite pris le pas sur cette technique. Certains disques ont une lecture commençant par le centre (la qualité de reproduction étant meilleure à mesure que le diamètre de lecture augmente, on considérait alors qu'il était préférable d'avoir une audition de qualité croissante). Sur certains labels, comme Odéon ou Pathé, surtout dans les années 1900-1910, les artistes avaient pour habitude d'annoncer le titre, le nom de l'interprète et la marque. A partir de 1928, la vitesse est stabilisée à 78 tours/mn, les diamètres sont de 25 et 30 cm (sauf pour certaines éditions spéciales: enfants, publicités, commémorations, etc). Sauf exception les étiquettes centrales sont en papier. Pathé utilise alors un code simple pour différencier les deux types de gravure: "S" = veticale (Saphir), "X" = latérale (Aiguille).

Le disque de radio

C'est à partir de ce moment que les "acétates" radio font leur apparition. Jusqu'alors, la radio se faisait uniquement en direct, on ne conservait pratiquement pas d'archives (le magnétophone à bande ne sera employé en Allemagne qu'à la veille du deuxième conflit mondial). De 1935 à 1940, c'est l'âge d'or de la radio. Le 1er janvier 1936 la société Pyrolac, spécialisée dans la peinture automobile et basée à Créteil l'Echat, présente les voeux du directeur de l'entreprise sur un "acétate" qui consiste en un flan d'aluminium sur lequel est déposée une couche composée d'un mélange de nitrate et d'acétate de cellulose. Le procédé est annoncé comme "enregistrement direct", c'est-à-dire immédiatement utilisable. C'est le point de départ d'une nouvelle technique exploitée et commercialisée sous la marque Pyral. Presque aussitôt Radio-Cité utilise massivement le procédé, suivie de près par le Poste Parisien et par les autres radios. les stations privées assez nombreuses, (Radio-Cité, le Poste Parisien, etc) emploient de plus en plus d'éléments enregistrés (reportages, chroniques, pubs) et utilisent ces 78 tours qu'elles gravent à l'unité. Beaucoup sont réalisés sur la marque Pyral, mais on trouve aussi Thorens ou bien le nom du studio privé qui a effectué le travail. Après la guerre, les postes privés ont disparu mais la Radiodiffusion Française a utilisé ce procédé jusqu'à l'emploi généralisé du magnétophone, au milieu des années 50. Ces "pièces" sont aujourd'hui très recherchées mais se présentent rarement en bon état, les parties enregistrées se décollant par plaques, laissant apparaître le flanc de métal. Il est recommandé de faire appel à un spécialiste qui saura sauver l'enregistrement à la première lecture (qui sera en fait la seule possible). Notons que certains messages publicitaires ont été réalisés en séries "pressage" sur 78 tours 25 cm standards, de façon à être utilisables un plus grand nombre de fois ou pour être diffusés sur plusieurs stations privées. Il existe aussi des 78 tours d'autres types: - Les cartes postales sonores (années 50) - Les disques publitaires cartons, tous diamètres, de 6 à 25 cm - Les disques de poupées, diamètre 5 à 6 cm - Les disques pour enfants, diamètre 12 à 15 cm.

Platine pour 78 tours à moteur électrique des années 30. Le poids du bras est comparable à celui des phonos de la même époque (plusieurs centaines de grammes). Ce lecteur se branchait sur l' entrée "Pick-up" d' un poste de radio

A propos de la stéréophonie

Le principe de la stéréophonie, qui tient compte de la différence de perception entre l'oreille gauche et l'oreille droite selon le point d'émission du son, est déjà ancien. L'aviateur Clémént Ader, par ailleurs brillant inventeur, en fit la présentation à l'Exposition Electrique de 1881 et à l'Exposition Universelle de 1889 pour retransmettre des concerts. Entre 1929 et 1935 Victor et His Master's Voice décident d'enregistrer en stéréo des orchestres tels que les Waring's Pennsylvanians, le BBC Symphony Orchestra dirigé par Sir Esward Elgar ou des artistes comme Hoagy Carmichamel, Leopold Stokowski ou Duke Ellington. De ce dernier, deux titres ont été récemment publiés en CD, l'effet est saisissant! Ces enregistrements ont été réalisés au moyen de deux cires reliées chacune à un micro, les deux placés devant l'orchestre. A L'époque, aucune technique ne permettait d' écouter deux phonographes tournant en synchronisation, les enregistrements ont donc été édités séparément. Sur les disques courants, le numéro de matrice inscrit entre le dernier sillon et l'étiquette se termine généralement par un chiffre indiquant le numéro de la prise. Dans le cas de ces prises stéréo "1" indique une partie de l'enregistrement sur un disque, et "2" l'autre partie, sur un autre disque. Ces disques jumeaux sont bien sur rarissimes, mais qui sait? Au hasard d'une brocante...

La fin du 78 tours

Ces disques ont été pressés en France jusqu'au 31 décembre 1956, 1960 pour l'Angleterre, 1962 pour certains pays africains et même 64-65 pour certains pressages réalisés en Inde (avec des 78 tours des Beatles notamment). Bien sur à ces époques, les gravures ne se faisaient plus en direct, mais à partir des bandes de studios, parallèlement aux éditions vinyl. C'est une époque très intéressante où la qualité technique est très proche de celle du vinyl. On y trouve assez facilement des répertoires de jazz, de rock'n'roll, de chansons en y mettant malgré tout le prix (voir cotations). Ces 78 tours sont reconnaissables au fait, qu'à l'écoute, la fin du titre est très souvent "shuntée", comme sur leurs homologues vinyl. Au début des années 50, la marque Philips a tenté de concilier les avantages du 78 tours (à savoir grande vitesse de rotation = meilleure qualité) avec ceux du microsillon (meilleure fidélité, moins de bruit de fond) et a ainsi produit une série de disques 78 tours 17 cm microsillons. Devant l'insuccès (l'acheteur finissait par s'y perdre), la production a été très vite abandonnée. On trouve sur ces disques des titres de Mouloudji ou de l'orchestre de Camille Sauvage, par exemple. Par la suite, dans les années 60 et 70, quelques 78 tours vinyl ont été produits et présentés dans des pochettes en papier kraft comme à la grande époque. Attention! Il ne s'agit pas de 78 tours authentiques mais de disques microsillons "pour faire comme si" et souvent réalisés dant un but promotionnel. Ceci dit, ces objets sont rares, recherchés et par conséquent chers. Parmi ces réalisations figurent des repressages "à l'ancienne" de 78 tours 25 cm d'Elvis Presley sur le légendaire label "Sun". On peut les trouver pourmoins de 200 F alors que les vrais, préssés dans les années 50, peuvent atteindre plusieurs milliers de francs. A signaler aussi les 78 tours microsillons américains de la marque "Rhino Records" destinés à garnir les juke-box 78 tours comme les Würlitzer.

Comment dater les 78 tours?

Rares sont les disques de ces époques mentionnant les années d'enregistrement. Pour les déterminer, la méthode la plus accessible à l'amateur consiste à commencer une collection de catalogues d'éditeurs (brocantes, foires aux vieux papiers) ou à se les faire prêter. Les disques possèdent entre les derniers sillons centraux et l'étiquette un numéro de matrice qui peut donner quelques indications, le dernier chiffre, séparé par un tiret, donne le numéro de la prise de son. Dans les années 20, sur certaines marques comme Pathé, au moment du pressage, chaque matrice reçoit une date gravée (à l'endroit) et qu'on pourra lire (à l'envers) sur chaque face de disque, près de l'étiquette centrale. Ce numérotage, tracé à la main, est très fin et souvent difficile à lire. A partir de 1929, plusieurs grandes firmes comme Columbia, Odéon, Parlophone, Pathé, Idéal, Gramophone, etc, font effectuer leurs matrices par l'usine Pathé de Chatou. Un numéro-code est gravé à l'endroit, près de l'étiquette, quelquefois sur le bord de celle-ci. Assez anarchique, ce nomérotage dure de 1929 à 1932. A partir d'avril-mai 32, il devient plus rigoureux et porte le préfixe "M-3" pour les 25 cm et "M-6" pour les 30 cm. Ce préfixe est suivi d'un nombre de 5 chiffres qui correspond à l'année de pressage. Attention! Il s'agit bien du pressage et non de l'enregistrement. Mais on s'accorde à estimer qu'un délai de 20 jours en moyenne s'écoulait entre l'enregistrement et le matriçage. Pour les rééditions d'enregistrements plus anciens, seuls les catalogues ou les discographies peuvent être utiles. Avant 1912 les disques Pathé de tous diamètres portaient un numéro différent par face (correspondant au numéro du cylindre-maître ayant servi à l'enregistrement). Après cette date, un numéro commun aux deux faces apparait dans un losange. Même les professionnels de la réédition "butent" quelquefois sur les dates et se contentent d'indiquer par exemple: "vers 1910" ou "avant 1930", il ne faut donc pas être trop intransigeant ... Pour les disques Deutsche Grammophon, voici un point de repère: la célèbre couronne de tulipes garnissant le pourtour de l'étiquette apparaît en 1949. Quant au cartouche rectangulaire encadrant la marque, il nait en 1958 et n'existe donc pas sur les 78 tours. Deutsche Grammophon donne naissance à sa marque-filiale, "Archiv Produktion", en 1947. Le plus simple consiste aussi à regarder les dates sur les CD-rééditions correspondant aux 78 tours acquis. Par ailleurs, les éditions Tol diffusent un catalogue vendu par correspondance et qui donne toutes les années de sorties des cylindres et disques Pathé, de 1898 à 1910, et l'association "Phonoscopie" édite un bulletin régulier contenant de précieuses discographies d'artistes, toutes datées.

En 1904, la marque allemande Odéon présente le disque double face, 80 tours - 28 cm. Très rapidement, les autres compagnies adoptent le principe. On ne retrouvera plus tard les disques monoface en 78 tours ou en microsillon que pour des applications spéciales : pub ou radio

Où les trouver et à quels prix?

Dans les conventions de disques, foires à la brocante, vide-greniers, les 78 tours sont présents partout, hélas souvent en mauvais état, rarement dans les pochettes correspondant aux marques des étiquettes centrales. A surveiller de près: les annonces "disques, musique" dans la Vie Du Collectionneur, sur Internet ainsi que les dates et lieux de ventes aux enchères. Les 78 tours courants (vendus à un grand nombre d'exemplaires à l'époque) se trouvent à des prix variant de 1 à 3 €(Charles Trénet, Edith Piaf, Fred Gouin, Bach & Laverne, etc). Si vous tombez sur l'unique 78 tours que Barbara a gravé chez Decca en 1958, il vous en coûtera environ 180 €, même chose pour les trois 78 tours Barclay gravés par Dalida en 1956. Le jazz coûte de 3 à 15 €pièce sur des marques comme Vogue, Bluestar, Verve, etc, certains artistes cotés comme Charlie Parker peuvent dépasser cette fourchette. Le rock'n'roll cote de 12 à 60 € environ pour les pressages anglais et canadiens de Paul Anka, Eddie Cochran, Pat Boone, Everly Brothers, Fats Domino, etc, pour Elvis Presley, la cote se situe entre 45 et 47 € environ pour ces mêmes pressages, "His Master's Voice", par exemple. Pour ses 78 tours sur le label "Sun", il faut compter environ 380 €. Quand aux 78 tours des Beatles pressés en Inde pour le marché local, la cote se situe aux alentours de 450 €, il faut dire que 2 exemplaires seulement sont, à notre connaissance, recensés en France. Pour le classique, la diction et le lyrique, la cotation est plus difficile à évaluer. Disons qu'un coffret comme "Le Mot de Cambronne" par Sacha Guitry atteint 55 € environ, Sarah Bernardt ou Enest Coquelin, sur label noir Genty, enr 1903, s'achètent entre 75 et 150 €.Dans le domaine du lyrique, voici quelques idées de cotations à titre indicatif: - Emma Calvé (Soprano), sur label noir Zonophone, enr 1902: à partir de 75 € - Giuseppe Anselmi (Ténor), sur label Fonotipia, enr 1907-08: à partir de 75 € - Tomaso Francesco (Ténor), sur label rouge G & T, enr 1903: à partir de 75 € - Enrico Caruso (Ténor), sur label bleu Zonophone, enr 1902, et sur label rouge G & T, enr mars 1902: à partir de 150 € - Felia Litvinne (Soprano), sur label noir G & T, enr 1903: à partir de 150 € - Léon Escalais (Ténor), sur label Fonotipia, enr 1905/06: à partir de 150 € - Fédor Chaliapine (Basse), sur label orange Grammophon, "pre-dog" (c'est-à-dire juste avant l'apparition du chien au phonographe), enr 1908: à partir de 300 € - Victor Maurel (Baryton), sur label rouge G & T, enr 1903: à partir de 460 € - Raoul Pugno (Piano), sur label noir G & T, enr 1905: à aprtir de 460 € - Ferval dans "Rip rip" (les "couplets de la paresse"), sur "Bettini", avec signature dans la cire, près de l'étiquette centrale: peut être proposé à 760 €. Attention: un Caruso "fin de carrière" ou un Chaliapine sur 30 cm double face Grammophon peuvent ne pas excéder 7,50 €. En règle générale ces disques cotent plusieurs dizaines ou plusieurs centaines d' euros quand il s'agit des plus anciens enregistrements de ces artistes, sur disques simple face. Mais il faut se rappeler que, quelque soit le prix annoncé, rares sont les marchands, spécialisés ou non, refusant de discuter.

L'histoire de "Nipper"

C'est une touchante histoire que celle de ce gentil fox terrier à poil lisse. Il a été recueilli par le peintre anglais Francis Barraud, lorsque son maître mourut. Un frère de Barraud ayantpris Nipper en photo, cela décida l'artiste à immortaliser ce chien très vif qui semblait toujours attendre le retour de son maître disparu. L'histoire dit que Nipper n'a pas été rééllement peint devant un phonographe, les frères Barraud n'ayant jamais enregistré leur voix. Le tableau fut réalisé vers 1893-1894, Nipper écoutait alors un cylindre tournant sur un phonographe Edison, modèle vendu en Angleterre à partir de 1990. Cette oeuvre fut proposée à Edison, qui refusa, (bien lui en prit, car il se retira définitivement de l'industrie du disque en 1929). En 1899, William Barry Owen, collaborateur et ami de Berliner, vint en Angleterre pour fonder la Gramophone Company Ltd. Barraud se rendit chez Owen, muni de la photographie de son tableau auquel il avait donné le nom de: "His Master's Voice" (La Voix de son Maître). Il venait en fait non pas pour vendre son oeuvre mais pour emprunter un pavillon plus esthétique que celui du phonographe d'Edison. Owen en proposa 100 livres à Barraud. Le 4 octobre Nipper entrait dans la légende par décision des responsables de la Gramophone. Entre temps Barraud avait du modifier son tableau, Berliner ayant en effet opté définitivement pour le disque et non pas pour le cylindre. Ce n'est pourtant qu'en 1908 que cette image fameuse est apparue sur les étiquettes de disques. En 1912 l'inscription "His Master's Voice" a été utilisée pour la première fois. Devant le succès, la firme décida d'allouer une rente annuelle au "père" de Nipper. Dès 1903, le chien au phonographe s'est mis à faire le tour du monde, notamment grâce aux accords passés entre la firme américaine Victor et la Gramophone. Plus tard, lors du rachat de La Voix de son Maître par Pathé-Marconi, Nipper figurera aussi comme emblême sur les téléviseurs, électrophones et récepteurs radio. En 1977, Columbia-CBS a tenté d'utiliser le célèbre emblême sur ses disques. Cela a donné lieu à un procès, gagné par Pathé-Marconi, qui a aussitôt édité des étiquettes adhésives en demandant aux disquaires de cacher, sur les pochettes de disques CBS, le sigle avec Nipper indûment utilisé! En 1991, la direction de EMI, qui a son siège à Hayes, décide de supprimer le sigle représentant Nipper et son phonographe, après pratiquement un siècle de fidélité. Devant le tollé général, cette décision a été vite annulée. Le vrai Nipper fait de chair et d'os a fini sa vie de star en 1895 et reposerait sous un mûrier dans le village de Kingston-on-Thames. Le tableau original et modifié de Francis Barraud se trouve toujours au siège de EMI, ainsi que le phonographe Berliner, modèle 1897, qui a servi de modèle pour la retouche. Depuis ce temps, Nipper n'a cessé de faire des émules, au point qu'une véritable "Nippermania" s'est développée, surtout en Angleterre où l'on trouve facilement des reproductions du tableau et autres objets divers à son éffigie.

"Nipper", célèbre chien au phonographe, dans sa version américaine, adopté par le label Victor, après accord en 1903 avec la Compagnie anglaise du Gramophone

Conseils pour l'entretien des 78 T

Beaucoup de disques se trouvent sur les brocantes dans un état très sale. Il convient d'abord de les dépoussiérer ainsi que les pochettes (intérieur et extérieur) avec un chiffon doux. Pour nettoyer les disques eux-mêmes il n'y a pas de recette universelle, chaque collectionneur ou professionnel de la restauration sonore a son truc. Il faut toujours de toutes façons les manipuler et les traiter avec la plus grande douceur. Les produits antistatiques, vendus dans le commerce pour nettoyer les meubles aux surfaces laquées, donnent de bons résutats: vaporiser sur toute la surface enregistrée en évitant l'étiquette, (employer au besoin un cache circulaire), puis nettoyer dans le sens des sillons avec un blaireau au poils racourcis. Terminer avec un chiffon doux ou du papier-linge. Une autre méthode consiste à employer, comme pour les microsillons, du liquide lave-vitres pour voitures. Dans ce cas il est nettement préférable d'avoir à disposition un bain vertical à brosses immergées, que l'on peut encore avec un peu de chance dénicher sur les brocantes. Ces deux méthodes ont pour avantage de rendre le disque antistatique pour une longue durée. Dans tous les cas, éviter l'eau du robinet (trop calcaire), les lessives et les tissus synthétiques. En ce qui concerne les acétates, procéder avec la plus frande douceur. Si le disque est en bon état, un nettoyage au liquide pour meubles peut être envisagé, mais veiller à ne pas trop frotter, pour ne pas abimer la couche enregistrée. Si cette couche a tendance à se décoller plus ou moins par plaques, ne rien tenter, se contenter d'un léger dépoussiérage. Il est important de travailler sur une surface plane recouverte d'une toile cirée. Il faut toujours se rappeller qu'une pression trop forte sur le disque risque de fêler ou même de casser irrémédiablement celui-ci. Les pochettes, après dépoussièreage, peuvent être repassées sans inconvénient au fer, attention à la température pour ne pas roussir le papier, qu'il peut être nécessaire de mouiller légèrement avec de l'eau (distillée de préférence) à l'aide d'un vaporisateur. Cette méthode aura aussi pour avantage de décoller les étiquettes ajoutées que l'on trouve souvent. Les taches grasses disparaîtront avec un peu de shampoing sec, saupoudrer la tache et laisser le produit agir quelques minutes. Les traces de colles laissées par les étiquettes ou rubans adhésifs peuvent s'éliminer avec du talc. Saupoudrer, faire pénétrer en lissant avec le doigt, appliquer une ou deux couches de papier-linge, puis chauffer le tout avec le fer à repasser. Pendant que la colle est ramollie, éliminer l'ensemble avec un papier linge propre imbibé d' essence "F". Pour les salissures d'origine indéterminée, une gomme à crayon donne parfois de bons résutats. Pour finir, il faut recoller les parties décollées avec une colle-bâton de bonne qualité. Enfin, il est très souhaitable de protéger l'ensemble ainsi nettoyé dans une pochette en plastique transparente. On les trouve chez quelques revendeurs spécialisés, (voir annonces publicitaires dans la pesse spécialisée ou dans les principales conventions de disques). Les dimensions courantes de ces potections sont: 17, 25 et 30 cm. Pour les disques de 20 cm, un protège-document transparant de classeur, retaillé aux bonnes mesures, fait l'affaire. S'il vous manque des pochettes ou si celles que vous possédez sont irrécupérables, il est toujours possible d'en refaire en photocopie couleur, du moins pour les pochettes de 25 cm, dont la surface peut être contenue dans un format A3. Il faut 2 photocopies par pochette (1 recto, 1 verso), ne pas oublier de prévoir des languettes d'assemblage, et évider le centre à l'aide d'un cutter, en découpant autour d'un objet circulaire servant de guide, de la même dimension que l'étiquette centrale du disque. Les acétates sont à conserver dans des pochettes carton sans trou central, on trouve celles-ci par les mêmes circuits que les pochettes en plastique transparent.

Comment écouter les 78 T

Il faut savoir que parmi les nombreuses pointes de lectures en acier, bambou, cactus, etc, qui ont été employées dans le passé, aucune n'a jamais donné entièrement satisfaction. Soit la pointe s'usait avant la lecture complète d'une face, soit le disque s'usait prématurément. Si on veut écouter les disques dans les vraies conditions, c'est-à-dire sur un phonographe, il est impératif de respecter la règle: 1 lecture = 1 aiguille. Certaines aiguilles de fabrication récente permettent en principe la lecture de plusieur faces, mais attention, prudence. Il est nettement préférable d'écouter les 78 T sur une platine moderne, avec une cellule comportant un diamant approprié, par exemple Shure ou Stanton. Le poids de la tête ne devra pas exceder 10 g (il est de plusieurs dizaines de g sur la plupart des phonographes). Pour les acétates, attention: prudence! Ils n'ont jamais été conçus pour une usure intensive. Dans tous les cas, il est préférable d'en faire des copies. Si les enregistrements sont d'une qualité artistique ou historique importante, il vaut mieux les copier sur bande Revox, en bi-piste ou pleine piste et en 19 ou 38 cm/s ou mieux, sur support numérique : DAT ou Mini-disc. Si le document est abimé, il est souhaitable de s'adresser à un professionnel.

Comment stocker les 78 T

Toujours verticalement! Les casiers ne doivent pas excéder 15 à 20 cm de largeur, à cause du poids et de la fragilité qui en résulte. Ne jamais prendre entre les mains une pile de plus d'une dizaine de 78T, le disque de dessous ayant toutes les chances de se retrouver cassé.

Michel Gosselin

Remerciements: Lionel Risler (Sofreson), Claude Fihman (La Planque du Son), Charlie Barbat, Daniel Nevers, Pierre Ménager (Radio-France), Jean-Pierre Nicole (Village du Disque), Marc Monneraye.